Il y a une chose que personne ne vous dit avant votre premier voyage à Cat Ba : l’île ne se laisse pas atteindre facilement. Pas de pont, pas de raccourci, pas de ligne droite depuis le continent. Pour poser le pied sur cette perle du golfe du Tonkin, il faut accepter de prendre l’eau, que ce soit à bord d’un ferry, d’un hydrofoil ou d’une jonque venue de la baie d’Ha Long. Et c’est justement cette traversée, souvent redoutée, qui donne au voyage son vrai goût d’aventure.
Pourquoi il n’existe aucun trajet « tout route » vers Cat Ba
Cat Ba est la plus grande île de la région d’Ha Long, posée juste au large de Hai Phong. Un pont relie bien le continent à Cat Hai, l’île voisine, plate et industrielle, mais il s’arrête là. Entre Cat Hai et Cat Ba, il reste toujours une bande d’eau à franchir, en bateau ou en téléphérique. Autrement dit, quel que soit votre point de départ, le dernier tronçon du trajet passera obligatoirement par la mer.
Deux itinéraires principaux existent. Le premier part du côté de Hai Phong, entre les jetées de Dong Bai et Cai Vieng : c’est la route la plus fréquentée, celle qu’empruntent la majorité des voyageurs. Le second part de Tuan Chau, du côté d’Ha Long, et rejoint Gia Luan au nord de l’île : moins fréquent, plus long, mais nettement plus spectaculaire, presque une mini croisière dans les formations karstiques de la baie.

Le piège du vieux port : bien viser Dong Bai
Un détail change tout et pourtant, beaucoup de voyageurs tombent encore dans le panneau. Jusqu’en 2024, le ferry public partait du port de Got. Depuis, celui-ci a fermé aux passagers et ne sert plus qu’aux bus et circuits organisés. Le nouveau terminal, plus grand, s’appelle Dong Bai, à quelques kilomètres de là, juste à côté de la station du téléphérique Sun World. Beaucoup d’applications de navigation continuent pourtant à orienter les voyageurs vers l’ancien site, où des rabatteurs profitent de la confusion pour vendre des vedettes rapides hors de prix en prétendant qu’il n’existe pas d’autre solution. Ce n’est pas vrai : il suffit d’indiquer clairement Dong Bai, près du téléphérique, pour éviter ce genre de mauvaise surprise.
Pour ceux qui arrivent par avion via l’aéroport de Cat Bi plutôt que par Hanoï, la logistique mérite d’être anticipée un peu à l’avance, car ce n’est jamais le trajet le plus direct sur le papier qui s’avère le plus simple une fois sur place ; un aperçu des connexions aériennes du nord du pays permet souvent d’éviter les correspondances superflues.

La traversée classique : de Dong Bai à Cai Vieng
C’est le ferry qui fait tout le travail : passagers à pied, deux-roues, voitures, bus, tout embarque sur le même bateau. Les départs s’enchaînent toute la journée, environ toutes les 30 minutes en haute saison, un peu plus espacés en milieu de journée. Comptez environ 12 000 à 14 000 VND pour un passager à pied et autour de 44 000 VND avec un scooter, à régler en liquide au guichet.
La traversée en elle-même ne dure qu’une vingtaine de minutes, mais ce n’est pas ce qui prend du temps : c’est l’attente pour embarquer, surtout le week-end quand les véhicules affluent et que les piétons passent parfois après. Une fois débarqué à Cai Vieng, il reste encore 30 à 45 minutes de route jusqu’au centre-ville, et savoir à l’avance comment se déplacer une fois sur place évite bien des négociations improvisées avec les premiers chauffeurs venus.

L’hydrofoil direct depuis Hai Phong : pour voyager léger
Il existe une alternative méconnue pour qui n’a pas de véhicule : l’hydrofoil qui part du cœur de Hai Phong, depuis la jetée de Ben Binh, et rejoint directement le centre de Cat Ba, sans détour par Dong Bai ni transfert routier ensuite. Le trajet dure environ 45 minutes à une heure et coûte davantage que le ferry classique, mais pour un voyageur à pied venant de la ville ou de l’aéroport, le gain de temps et de tranquillité est réel. La contrainte, c’est la fréquence limitée et des horaires qui varient selon la saison : mieux vaut vérifier au guichet officiel la veille ou le matin même plutôt que de se fier à un horaire trouvé en ligne.

La route par Tuan Chau : la version panoramique depuis Ha Long
Pour qui arrive depuis la baie d’Ha Long, inutile de redescendre par le continent : la jonque qui relie Tuan Chau à Gia Luan traverse directement les îlots calcaires de la baie, offrant au passage un aperçu grandeur nature de ce paysage classé à l’UNESCO. C’est plus lent, environ 45 à 50 minutes de traversée pour trois à cinq départs quotidiens selon la saison, et le bateau n’appareille souvent qu’une fois une trentaine de passagers réunis à bord, ce qui peut retarder le premier départ du matin. Comptez environ 60 000 VND pour un passager à pied. Ceux qui affinent leur enveloppe de dépenses pour cette étape du voyage trouveront des repères utiles dans les estimations de budget habituellement établies pour un séjour dans la baie, un bon point de comparaison avant de fixer le sien.
Une fois débarqué à Gia Luan, il reste encore une trentaine de kilomètres de route à travers le parc national avant d’atteindre la ville : une navette locale assure la liaison pour une somme modique, malgré ce que certains chauffeurs de taxi peuvent laisser entendre sur le pier.

Quelques réflexes à garder en tête
La météo reste le facteur qui décide de tout, surtout entre juin et septembre : en cas de typhon, toutes les traversées s’arrêtent, sans négociation possible. Pour le mal de mer, les trajets les plus longs — hydrofoil et ferry de Tuan Chau — sont ceux où cela se ressent le plus ; s’installer au centre du bateau et garder les yeux sur l’horizon aide généralement. Enfin, les vendredis, samedis et jours fériés vietnamiens sont à éviter avec un véhicule si l’on ne veut pas patienter plusieurs rotations.

Une fois sur l’île
Le débarquement n’est jamais le point final : il reste encore la route jusqu’au centre-ville, où se concentrent hébergements, restaurants et location de scooters. Pour organiser la suite du séjour dans le détail, un guide complet de voyage à Cat Ba permet de structurer les jours suivants sans rien laisser au hasard, que ce soit pour choisir entre les plages proches de la ville ou pousser jusqu’à le village de pêcheurs de Viet Hai, resté à l’écart du tourisme de masse et souvent cité comme l’un des coins les mieux préservés de l’île.
Ce détour par l’eau, aussi contraignant qu’il paraisse sur le papier, fait finalement partie du charme de Cat Ba : on n’y arrive jamais tout à fait par hasard, et c’est peut-être pour cela que l’île garde, encore aujourd’hui, ce goût d’endroit qu’on ne fait que découvrir.